Manuscrito
Madame Rivail
18 rue Mauconseil
Paris
Répondu le 3 juin
[Cachet départ :] CHÂTEAU-DU-LOIR (71) 30 MAI 1846
[Cachet retour :] PARIS 12 (60) 31 MAI 46
Mai ce 29 1846
C’est moi qui veux t'écrire ma chère amie et te remercier de tous tes bons soins car je suis sur mes jambes, je commence à faire quelques pas sans me soutenir mais je ne suis pas guérie, je tousse et je crache horriblement depuis 3 ou 4 jours, je commence à dormir 3 ou 4 heures dans ma nuit.
On ne me veille plus, j’ai pris ma veilleuse et j'ai toujours 2 tasses de thé ou de tilleul à pouvoir boire chaud, 2 cuillerées de vin sucré et mon safran, je passe mes nuits comme cela. Je ne peux pas manger de chocolat, j’ai essayé trois fois et me pèse, mon estomac est bien affaibli car je ne mange pas sans avoir un poids ce qui me rend bien mal à mon aise, je finis mes six <canards> il est impossible que je prenne l'air, il fait un vent affreux depuis quinze jours et il est impossible que je prenne l'air.
J'ai vu toutes ces dames et Mme Gendron plusieurs fois, elle est installée à Gênes de <trendi>.
Mme Boilard sort d’ici et elle va à Gênes passer quelques jours avec son petit-fils et elle revient pour embarquer son petit-fils pour passer son examen au mois d'août.
Je travaille en je fais des reprises.
Je te fais tous ces détails pour te prouver que je suis un peu mieux et à présent
/2/
j'espère que mes forces vont me revenir lorsque je t’écrirai mes forces seront revenues, j’ai encore les vésicatoires aux deux jambes ce qui fait que mes forces ne reviennent pas si vite.
Tu dois être dans la force de ton tracas de tes premières communions ce qui fait que tu ne nous as pas écrit.
Dis-moi si tu n’as pas été incommodée de ton voyage car il me semble que tu avais bien du tourment de la fête et de tes premières communions.
Tâche de prendre une petite demi-heure pour nous donner de tes nouvelles et celles de ton mari.
M. Gendron m'a envoyé du stramonium et me l’a envoyé chercher et l’on ne connait pas ce nom dans le pays, j'en ai déjà parlé à plusieurs personnes et ils ne la connaissent pas.
Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari.
Remercie bien toutes les personnes qui ont bien voulu s'intéresser à moi.
J'ai déjà fumé une pipe de stramonium, je crois que si je pouvais en avoir cela ne me couterait pas si cher.
Je fume la nuit et je m'endors après.
[père d’Amélie]
Je veux aussi ma chère fille te dire un petit mot et que j'embrasse de tout mon cœur. Je n'ai rien à ajouter à ce que te dit ta mère sur son état présent ; ce qui est bien fâcheux c'est qu'elle n'a pas du tout d'appétit et qu'elle mange si peu qu'elle sera longtemps à reprendre des forces. Madelaine couche dans l'alcôve mais ta mère ne dérange pas son sommeil, c'est à peu près comme si elle était dans sa chambre.
Nous commençons à avoir quelques fraises qui lui font plaisir. Mme Groslin lui a envoyé deux douzaines il y a huit jours, ce sont les premières qu'elle ait mangées. J'en trouve à peine une douzaine tous les deux jours.
Je t'embrasse encore. Ton père. JB