Manuscrito
Madame
Madame Rivail
18 rue Mauconseil
À Paris
répondu le 28 juillet
[Cachet départ :] CHÂTEAU-DU-LOIR (71) 21 JUIL 1846
[Cachet arrivée :] PARIS 12 (60) 23 JUIL 46
22 juillet 1846
J’espère ma chère amie que tu es débarrassée de tous tes embarras et que tu es un peu tranquille, je te dirai donc que je suis sur mes jambes comme une femme ivre vacillant de tous côtés parce que ma tête est toujours étourdie : est-ce la faiblesse, j’ai dans ce moment-ci une fonte d’eau qui peut fort bien m’occasionner ces étourdissements, depuis huit jours je n’ai plus de vomissement et je n’ai plus de difficulté à digérer, tu vois qu’il y a du mieux j’espère que je te ferai bonne contenance à table.
Mes jambes sont si faibles qu’à peine puis-je faire le tour de mon jardin je descends seule et remonte de même, j’ai fait un petit baquet pour attendre le commencement de septembre, et je vais me préparer à faire ma grande lessive afin que tu la trouves toute prête soit à la plier et à la mettre dans l'armoire.
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Dis-moi un peu comment tu feras pour m’apporter 2 petits bonnets, un noir et un blanc, si tu pouvais me trouver des bonnets sans garniture je ferais <mouler> cela n’empêcherait pas les deux bonnets moulés si tu peux me les apporter.
Voilà donc que nous allons être privés encore de quinze jours, cela est si court, enfin le sort l’a voulu ainsi, il faut supporter ce que l’on ne peut empêcher.
Nous n’avons aucune récolte, nous n’avons rien, ni fruits ni légumes, jamais nous n’avions été à cette misère-là, tout ce qu’il faut acheter est doublement cher.
Ton père est toujours le même, il se porte assez bien pour sa position <excitée> qui ne peut rien faire, pas même se baisser que cela lui fait du mal.
Voilà notre position à nous.
J’ai vue Mme de Savonnière qui m’a demandé beaucoup de tes nouvelles et te fait beaucoup d’amitiés à Mme Martel qui m'a amené ses deux <bras> et Mlle <Estori> qui a 3 ans
Mme Frédéric grosse du second.
Je ne sais comment on n’est pas effrayé des chemins de fer d’après tout ce qu’on apprend, cela effrayant.
Je t’embrasse de tout cœur et je désire bien te voir, ton père t’embrasse il le désire aussi bien que moi
J’embrasse Mme Musset et je dis mille choses aimables a toutes les personnes qui veulent bien se ressouvenir de nous.
J’embrasse ton mari.
Ta mère