Manuscrito
Discours
Prononcé à la distribution des prix de 1845
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Mesdames et Messieurs,
J’ai toujours pensé que les discours par lesquels il est d’usage d’ouvrir les solennités de la nature de celle-ci pouvaient avoir un but d’utilité, et qu’en faisant une sorte de compte-rendu, ils offriraient plus d’intérêt aux parents.
Un pareil sujet excluant les ornements oratoires, et ne se prêtant en aucune façon aux mouvements pathétiques par lesquels on peut émouvoir et toucher son auditoire, est nécessairement beaucoup moins favorable à l’orateur ; il est tout matériel, tout positif ; mais, quelque désavantageux qu’il soit, comme je n’en fais nullement une question d’amour propre, je n’hésite pas à m’y renfermer. Je vous parlerai donc tout simplement, et dans un langage sans aucune prétention à l’éloquence, de vos enfants, des résultats obtenus, de ceux que vous pouvez espérer ; j’exposerai avec une entière franchise, la situation de l’établissement. En vous entretenant des objets de vos plus chères affections, et de ce qui les intéresse, je m’efforcerai, à la faveur de ce sentiment, de tempérer un peu l’ennui, qui, je ne me le dissimule pas, s’attache souvent à ces sortes de préambules obligés.
Messieurs, l’année passée à pareille époque nous nous félicitions déjà d’une tendance manifeste vers une amélioration sensible dans la situation de l’établissement, tendance qui ne pouvait que faire présager un avenir plus prospère.
Outre les marques nombreuses de sympathie et de confiance que nous avions reçues de la part des parents, un autre témoignage plus significatif et plus concluant fut la prolongation du séjour de la presque totalité des élèves qui devaient terminer leurs études cette année-là, et qui, stimulées par un enseignement plus varié, plus complet et moins aride, demandèrent elles-mêmes à leurs familles, et sollicitèrent comme une faveur et même comme une récompense de leur application la faculté de les poursuivre pour profiter des nouvelles connaissances dont le programme de leurs études devait être enrichi.
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C’était assurément une chose digne de remarque, que de voir des élèves, qui ordinairement sont impatientes de quitter les bancs de l’école, demander comme une récompense, une prolongation d’études. C’est que l’instruction leur apparaissait en quelque sorte sous un nouveau jour ; concentrée surtout dans la partie usuelle, elles en comprenaient mieux l’utilité ; appuyée sur des démonstrations claires et intelligibles, et par des moyens propres à rendre sensibles et palpables les choses les plus abstraites, elles voyaient que ce champ de la science dans lequel l’écolier ne pénètre ordinairement qu’à regret, pouvait être parcouru sans efforts trop pénibles, souvent même avec plaisir, par l’intérêt qu’excitent les innombrables secrets qu’elle déroule à leurs yeux, quand on sait les dégager de l’enveloppe coriace sous laquelle ils sont cachés.
L’enfant est naturellement impatient ; il veut jouir tout de suite ; tout ce qui retarde cette jouissance le fatigue promptement ; on a beau lui dire que cette enveloppe cache un fruit agréable ; elle est pour lui trop longue et trop pénible à briser ; il ne comprend pas qu’un plaisir lointain, auquel il ne peut croire que sur la foi de ce qu’on lui en dit, puisse être acheté par tant de fatigues rebutantes ; il préfère le jeu qui lui offre une jouissance immédiate et beaucoup plus positive à ses yeux ; mais brisez vous-mêmes cette enveloppe, montrez-lui le fruit dépouillé des épines dont il est hérissé, alors il le saisit avec avidité ; son esprit, comme éclairé d’une nouvelle lumière, grandit ; un monde inconnu et nouveau s’ouvre devant lui, et souvent vous le voyez interrompre les amusements de son âge pour rechercher cette jouissance morale et intellectuelle que procure la science qui ne lui apparaît plus sous l'aspect sombre et repoussant qui n'en fait que trop souvent pour lui une véritable tête de Méduse.
Je n’entreprendrai pas, Messieurs, de développer ici notre mode d’enseignement, ni les mille et un moyens employés pour couvrir de miel les bords de la coupe des études, et surtout la variété infinie de procédés par lesquels on peut rendre intelligibles et palpables les démonstrations les plus abstraites ; ce serait une tâche beaucoup trop longue ; sous ce rapport, d’ailleurs, les faits parlent plus éloquemment que la théorie ; les progrès remarquables des élèves, l’intérêt qu’elles apportent à leur travail, l’empressement, je puis dire l’avidité avec laquelle elles écoutent les leçons, le sacrifice qu’elles font quelquefois de leurs moments de loisir pour s’y préparer,
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car on en voit souvent y consacrer volontairement une partie de leurs récréations, tout cela, dis-je, prouve que notre système n’est pas un vain mot, une de ces théories faites uniquement pour séduire les imaginations trop crédules.
Quand je dis que les élèves ont fait des progrès remarquables, pour certaines mêmes, je puis dire extraordinaires, je vous abuserais si je vous disais qu’il n’y a aucune exception. Sans contredit il y en a, quoique en petit nombre, dont on aurait pu désirer davantage ; mais tout le monde sait qu’ils est des naturels dont une longue patience peut seule triompher ; promettre des résultats identiques pour tous sans exception, ce serait la promesse d’un charlatan ; exiger ces résultats, ce serait exiger l’impossible ; il faut tenir compte des dispositions naturelles plus ou moins rebelles, et donner aux natures tardives le temps de se développer. Mais ce que je puis dire avec assurance, c’est que les moyens que nous employons triomphent souvent de difficultés qui paraissaient insurmontables ; c’est que beaucoup d’enfants qui avaient échoué dans certaines études que l’on regardait comme incompatibles avec leurs facultés ont fini par y réussir au-delà de toute espérance ; c’est que beaucoup de celles qui montraient une répugnance prononcée pour le travail ont fini par devenir laborieuses et zélées ; c’est que le nombre de celles auxquelles on peut encore appliquer l’épithète de paresseuses, qui ont quelquefois besoin d’être un peu plus fortement aiguillonnées, diminue chaque jour et qu’il est aujourd’hui réduit à une fraction presque imperceptible. Nous espérons donc qu’encouragées par l’exemple elles ne voudront pas plus longtemps faire une tache obscure sur le tableau que je viens de tracer.
Outre les causes naturelles et involontaires qui neutralisent les progrès, il en est une sur laquelle je crois devoir appeler toute l’attention des familles ; contre cette cause, je l’avoue tous nos moyens sont impuissants ; cette cause c’est l’inexactitude. Quelque heureuses que soient les dispositions d’une élève, le manque d’assiduité exerce toujours et forcément une influence fâcheuse sur son esprit. On dit quelquefois que l’enfant se rattrapera plus tard ; d’abord le temps perdu ne se rattrape jamais ; mais encore cela pourrait être vrai pour des leçons individuelles ou tout à fait élémentaires ; si l’élève n’y est pas le maître n’explique rien ; il y a simplement retard, mais dans une classe où le professeur explique chaque jour quelques points nouveaux
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qui servent ensuite aux développements subséquents, une seule leçon manquée suffit souvent pour lui faire perdre le fil des explications ; car pendant qu’il n’y est pas la leçon marche toujours. Ces interruptions accidentelles portent toujours le plus grand préjudice ; souvent on n’y attache que peu d’importance parce qu’elles sont de courte durée ; on ne regarde comme préjudiciables que celles qui interrompent les études pendant une partie de l’année ; c’est une erreur ; car toutes les petites absences réunies forment une somme considérable de temps perdu ; il est telle élève p. ex. dont les retards journaliers et les absences accidentelles d’un jour ou deux forment à la fin de l’année la valeur de plus de 3 mois ; il en est d’autres qui sans avoir jamais fait d’absences de longue durée n’ont pas pris le quart de certaines leçons, parce qu’elles arrivent 1, 2, et 3 heures après l’ouverture des classes ; ces faits sont constatés par une feuille de présence journalière indiquant l’heure de l’arrivée de chaque élève, car nous sommes en mesure de dire à chacune le nombre non seulement combien de jours, mais même le nombre d’heures pendant lesquelles elle a fréquenté les classes; or je demande quels progrès on peut espérer d’une telle irrégularité, et s’il serait juste de rendre des chefs d’établissement responsables du non succès dans de telles circonstances ? J’ajouterai que l’inexactitude exerce encore une autre influence. L’élève qui suit les leçons avec irrégularité contracte un relâchement inévitable d’esprit, son attention est toujours moins soutenue, il y attache moins d’importance ; il comprend plus difficilement parce qu’il n’est plus au courant de ce qui a été dit en son absence ; c’est souvent un prétexte plausible pour ne pas faire les devoirs prescrits ; enfin pour chaque interruption, il faut ajouter au temps réel perdu, celui qui est nécessaire pour que l’esprit se remette au travail.
L’exactitude, au contraire, donne aux enfants l’habitude de la régularité, de l’ordre et d’une ponctualité précieuse pour leur avenir ; car dans les affaires de la vie, sans ordre, sans exactitude et sans ponctualité, il n’y a pas de succès possibles ; leur esprit est toujours prêt, toujours disposé et beaucoup plus apte à recevoir l’instruction. Aussi dans tous les établissements, et sous ce rapport le nôtre ne fait point exception, voit-on une différence notable entre les progrès des élèves assidus et ceux des élèves qui ne le sont pas. Si malgré ces circonstances défavorables, et grâce aux soins du maître dont la peine est aussi doublée, l’enfant fait encore quelques progrès, combien ne seraient-ils pas plus marquants sans cette cause inévitable de retard, dont, je le répète, on ne saurait, sans injustice, rendre les maîtres responsables.
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J’ai dit tout à l’heure que la situation de l’établissement à pareille époque de l’année dernière faisait présager un heureux succès ; cette prévision n’a point été trompée, et le résultat, au contraire a de beaucoup dépassé nos espérances.
En effet, une rentrée de 39 nouvelles élèves après les vacances, et un total de 87 nouvelles depuis les vacances jusqu’à ce jour sont des preuves d’une prospérité peu commune. La dernière élève entrée le 1er septembre dernier, est inscrite ; en y comprenant celles qui existaient dans l’établissement à notre arrivée, sous le No. 228, dont il faut naturellement déduire les sorties ; c’est donc un mouvement de 228 élèves depuis notre arrivée, c’est-à-dire dans l’espace de 16 mois ; et ce ne sont point ici des chiffres fantastiques grossis à plaisir ; ce sont des chiffres officiels, relevés de livres très régulièrement tenus, et que nous offrons de justifier à quiconque pourra le désirer.
Il est je crois peu d’exemples d’un pareil succès dans un aussi court espace de temps, et ce résultat a d’autant plus de prix à nos yeux, qu’il n’est dû ni à l’intrigue, ni à aucune manœuvre que la loyauté la plus chatouilleuse puisse désavouer. Notre caractère et nos principes repousseraient une prospérité achetée à ce prix, et nous nous croirions indignes d’élever la jeunesse, si un seul enfant entrait chez nous pour une cause qui ne saurait être hautement avouée. L’assiduité et la sollicitude maternelle des soins, l’esprit d’ordre minutieux établi dans toutes les parties de la direction, les avantages d’un plan d’instruction approprié aux besoins réels ; les moyens en quelque sorte uniques dont nous pouvons disposer pour l’exécution de ce plan, moyens qui nous permettent de ne redouter aucune concurrence, l’attrait de l’instruction dû à un mode tout spécial d’enseignement, enfin des progrès presque généraux, et qui chez un grand nombre d’élèves pouvant être regardés comme prodigieux, telles sont les seules causes qui, sans propagande extraordinaire, ont amené le résultat que je viens de vous exposer. Les familles et les élèves qui ont promptement apprécié ces avantages ont été nos seuls propagateurs, et c’est en quoi notre succès a encore plus lieu de nous flatter ; car nous tenons à l’asseoir sur les bases solides de la considération personnelle et des garanties sérieuses que nous offrons aux parents
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et non sur un étalage, et un éclat passager dont on ne tardera pas à reconnaître le vide. L’accroissement de la clientèle va rendre nécessaire de nouvelles dispositions dans l’intérieur de l’établissement, et malgré cela, si, comme tout nous le fait présager, l’année qui va s’ouvrir est aussi favorable que l’année écoulée, nous ne tarderons pas à être au grand complet, et à ne plus pouvoir admettre de nouvelles élèves qu’à mesure des sorties.
Si je vous ai, Messieurs, entretenus de ces détails qui semblent nous être tout-à-fait personnels, c’est que je pense que vous y trouvez une garantie dans l’intérêt de vos enfants ; d’abord, parce qu’un établissement prospère a plus de moyen à sa disposition pour tout faire convenablement et pour le plus grand bien, et en second lieu que cette prospérité est un signe non équivoque que beaucoup de personnes sont satisfaites des résultats.
Je viens aussi de parler du plan d’études ; permettez-nous, Messieurs, quelques mots de développement à ce sujet. Ceux d’entre vous qui ont des enfants dans l’établissement le connaissent tous ; vous avez pu voir l’enchaînement graduel des diverses branches d’instruction, comment elles se lient les unes aux autres depuis les éléments de la lecture jusqu’à la fin des études, et remarquer qu’il embrasse en réalité toutes les connaissances qui constituent une éducation soignée ; mais ce qu’il est important de constater, et ce que les élèves, du moins celles qui sont en état d’en juger, peuvent attester, c’est que ce programme n’est point une chose illusoire, que les sciences qui y sont portées n’y sont pas seulement pour la montre et l’étalage, mais toutes sont enseignées sérieusement.
Seulement elles le sont avec plus ou moins de développements selon leur importance relative à la destination des enfants. Le titre d’école de commerce pour les jeunes personnes donné à l’établissement indique le but, sinon spécial, du moins principal que nous nous sommes proposé. La presque totalité des élèves étant destiné à la carrière commerciale, nous avons eu en vue de leur donner une instruction conforme à cette destination, instruction également utile alors même qu’elles entreraient dans le monde ou dans la vie privée. Mais ce serait une erreur de croire que ce but serait atteint par la seule adjonction au programme, de l’enseignement de la tenue des livres ; cette science est sans contredit une de celles qui font la base des études commerciales, mais elle n’en est qu’une partie ; outre cette étude, il y a une foule d’autres connaissances usuelles très utiles dans le commerce et dans la vie commune, connaissances que la pratique vous apprend plus tard si les circonstances le permettent,
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mais que l’on n’apprend point ordinairement dans les maisons d’éducation, ce qui fait qu’à sa sortie, une jeune personne a tout un apprentissage à faire ; elle saura peut-être fort bien l’histoire et la date précise d’un règne inconnu ou d’une bataille, mais elle ne saura pas faire un compte de ménage, ni établir avec ordre et netteté la plus simple facture ; elle aura étudié les belles lettres, peut-être même saura-t-elle faire des vers, mais elle ne saura pas rédiger une quittance, ou un certificat pour sa cuisinière ; elle ne saura même pas quelquefois plier convenablement une lettre, ni mettre proprement une adresse ; elle saura imperturbablement la population d’un chef-lieu de canton dont jamais peut-être on n’entend parler ; mais elle ignore d’où l’on tire les matières premières qui lui passent journellement par les mains, ou les procédés de fabrication des objets les plus usuels ; elle aura lu beaucoup de livres, mais elle ne sait pas comment on les imprime ; elle sait ombrer une tête superbe, souvent il est vrai avec un peu d’aide, mais elle ne sait pas tirer une ligne droite, ni la partager en parties égales, ni tracer un patron régulier. Ces lacunes dans l’éducation des femmes sont importantes ; car elles les rendent presque nulles à leur sortie des pensions ; elles ont, comme je l’ai dit, tout un apprentissage à faire, et oublient forcément ce qu’elles ne sont pas dans le cas de pratiquer. Ce sont des lacunes que notre plan d’études tend à combler. Nous enseignons l’histoire, parce qu’il est des faits qu’il n’est permis à personne d’ignorer, mais nous nous bornons à ce qui est véritablement utile pour l’intelligence des lectures ordinaires, des tableaux, statues et autres objets d’art que l’on peut avoir sous les yeux, et nous n’attachons aux détails minutieux qu’une importance très secondaire. Nous enseignons la littérature ; mais nous voulons avant tout que l’élève écrive correctement et sache tourner convenablement une lettre ordinaire, rédiger un reçu, ou tout autre acte usuel, persuadé que cela lui sera plus utile que de décrire avec des expressions pompeuses et ampoulées une tempête qu’elle n’a jamais vue, ou les charmes du soleil levant qui s’est toujours levé avant elle. Nous enseignons l’arithmétique, trop souvent apprise par routine et dont la théorie ne saurait être trop approfondie ; mais au lieu de fatiguer leur esprit de problèmes inutiles où les difficultés sont rassemblées à plaisir, nous multiplions les exemples de la vie usuelle, et nous voulons éviter l’inconvénient qui ne se présente que trop souvent de voir des élèves qui savent extraire une racine carrée, et qui ne savent pas faire un mémoire de blanchisseuse.
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Nous leur apprenons les premières notions de géométrie parce qu’elles donnent lieu à des applications journalières, dans la vie domestique ou industrielle ; nous leur apprenons également les éléments de la physique et des sciences naturelles, parce que l’économie domestique, l’intelligence du danger des abus et des imprudences qui compromettent la santé, sont fondées sur les lois de la physique, et que la ménagère comprendra mieux l’art d’économiser le combustible, quand elle connaîtra le principe du calorique. Nous les leurs apprenons parce qu’en leur faisant connaître la cause des phénomènes qui se passent à chaque instant sous leurs yeux, c’est les prémunir contre les préjugés, les erreurs populaires, les superstitions dangereuses, en même temps que c’est élever leur âme vers l’auteur de toutes ces merveilles cachées à l’ignorance ; nous les leurs apprenons enfin pour les prémunir contre le parti que l’incrédulité cherche à en tirer dans le but d’appuyer sur des raisons spécieuses ses funestes doctrines, et pour leur montrer au contraire les vérités de la religion assise sur les lois mêmes qui régissent l’univers. Nous leur apprenons la tenue des livres, mais longtemps avant qu’elles ne soient en état d’aborder cette étude, et comme il est possible qu’un certain nombre d’entre elles ne puissent pousser leur instruction jusque-là, nous leur apprenons de bonne heure à rédiger toute espèce de factures et de comptes usuels, et pour rendre cette étude préparatoire plus profitable, j’ai commencé et je continue de faire une collection de factures de tous les genres d’industrie et de toutes les sortes de marchandises avec les formules usitées pour chacune ; de bonne heure elles s’exercent à les copier et à les calculer et contractent ainsi peu à peu et sans peine l’habitude de les rédiger et de les établir avec ordre et netteté ; de bonne heure aussi elles copient des modèles de quittance sous toutes les formes ; c’est ainsi que les leçons d’écriture offrent un double but d’utilité. Enfin, Messieurs, je n’en finirais pas si je voulais retracer ici la variété infinie et de notions pratiques qui manquent à l’éducation ordinaire et dont toutes les études de nos élèves fournissent les éléments.
Ce n’est donc pas seulement par la tenue des livres que nous justifions le titre d’école de commerce, c’est par l’ensemble de toute l’instruction qui est dirigé vers un but usuel;
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nous souhaitons qu’à leur sortie de l’établissement, les élèves puissent se rendre immédiatement utiles dans leur intérieur, et déjà nous en voyons avec plaisir qui, quoique fort jeunes encore, secondent leurs parents avec une intelligence et une habileté que l’on ne rencontre pas toujours chez les personnes d’un certain âge ; nous voulons encore en un mot qu’on ne puisse pas dire d’un de nos élèves : C’est une savante ; mais elle ne nous sert à rien.
Tel est, Messieurs, notre plan d’études intellectuelles ; quant aux études religieuses, on sait les soins qui y sont donnés dans l’établissement, et c’est avec bonheur que nous voyons sous ce rapport nos efforts secondés par la sollicitude éclairée et bienveillante des dignes ecclésiastiques de St Eustache qui ont bien voulu venir assister à cette solennité de famille. Puissiez-vous, Messieurs, voir dans l’exposé que je viens d’avoir l’honneur de vous faire une nouvelle preuve de la loyauté de nos intentions, de la conscience que nous apporterons toujours dans l’accomplissement de la mission que nous avons choisie ; et l’assurance du zèle que nous ne cesserons de déployer pour répondre à vos vues et dans l’intérêt des chers objets que vous avez confiés à nos soins ; je crois pouvoir, sans trop d’amour propre, vous dire, Messieurs, que le passé peut vous répondre de l’avenir.