Manuscrito
Madame
Madame Rivail
18 rue Mauconseil
À Paris
[Cachet départ :] CHÂTEAU-DU-LOIR (71) 2 FEVR 1846
[Cachet arrivée :] PARIS 12 (60) 3 FEVR 4<X>
Ce 1er février 1846
Et moi aussi ma bien bonne amie, je veux te remercier de tout ce que tu as fait pour nous, les comestibles excellents et mon châle et mon tablier charmant mais il faut en défaire le collet, il est de 3 doigts trop long. Le sucre n'est pas beau mais il n'a aucun mauvais goût et je m'en suis emparé pour mon café de tous les jours.
Nous avons été très tranquillisés lorsque Mme Gatine nous en a donné de ses nouvelles de Marie et les tiennes nous ont fait bien plaisir.
Si j’avais été un enfant qui en fait autant, on l'aurait bien grondé.
J'ai toujours oublié de te parler de ma montre elle va bien excepté la sonnerie, mais elle ne m'est pas très nécessaire puisque je suis obligée d'allumer ma chandelle 2 à 3 fois par nuit. Je suis obligée aussi d'avoir recours à l'éther et à l'eau de fleurs d'oranger pour pouvoir dormir 3 ou 4 heures par nuit. J'ai des chaleurs insupportables, je ne peux plus me remuer jour et nuit sans étouffer, tu juges comme je suis heureuse étant tourmentée d'une autre part, ce n'est plus supportable.
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Ton père ne peut plus marcher, ses engelures lui font un mal insupportable, cela lui donne de l'humeur et c'est sur moi que tout retombe.
Je plains bien Mme Musset et surtout Caroline, elle doit être bien tourmentée.
Et toi je te plains bien de tout ton tourment d'esprit et de corps, enfin il faut croire qu'avec le beau temps toutes tes maladies s'apaiseront et tu reprendras de la tranquillité. Tu ne seras pas longtemps sans nous donner des nouvelles de toi et de ton mari et de la maison Musset, tu sais que nous y prenons beaucoup d'intérêt. Embrasse bien Caroline pour moi.
Les oranges sont très bonnes, j'ai été bien contente d'en avoir, elles vont me rafraîchir le corps car je suis obligée d'avoir recours aux lavements d'aloès qui me sont très commodes parce qu'ils sont tout de suite faits.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Ta mère
Je mets un mot dans la lettre pour lui faire passer quand tu pourras, ce n'est pas pressé.