Manuscrito
Ce 20 mars 1846 ma bonne amie je te remercie de toutes les peines que tu te donnes pour moi. Il y a longtemps que j’ai pris des informations sur cette individu-là, on m’a répondu que c’était un charlatan et personne n’avait confiance en lui.
Et puis ma chère amie, je te dirais qu’à soixante-dix-neuf ans on ne fait pas un traitement de ce genre-là ; avaler 12 pilules par jours ce serait un supplice pour moi, le régime me gênerait beaucoup, je ne peux plus manger que de la viande froide, des légumes en salade, ce qui me soutient, c’est la soupe et mon chocolat et mon café, ce qui apaise mes étouffements ce sont les cigarettes de Mme Spie et les sarrettes de M. Raspail et je m’en tiendrai là ; le sucre avec de l’eau de fleurs d’oranger.
Pendant ce beau temps j’ai été bien mieux mais ces jours-ci je suis bien plus incommodée, je dors presque plus, j’ai des étouffements la nuit comme le jour, si j’étais plus jeune j’en aurais essayé.
/2/
Tu es bien heureuse si tu peux te faire un sujet à ta guise car cela n’est pas aisé. Je garde ma petite bonne parce qu’elle fait la cuisine, voilà ce qu’elle fait d’un peu passable, elle est volontaire, il ne faut lui rien dire, elle est d’une dépense en bois et charbon comme si nous avions une grande cuisine et cette demoiselle m’a signifié que je ne voulais pas qu’elle me quitterait, elle voulait travailler que pour elle et qu’elle ne voulait pas filer ou bien qu’elle ne restait pas avec nous, qu’il lui fallait 5 francs de plus, je ne lui ai pas donné la robe, j’ai acquiescé à tout.
Si je veux de l’eau de Cologne je le crois bien je n’en ai plus que pour aller jusque ton arrivée, et une bouteille de fleurs d’oranger.
Pour les autres commissions plus tard.
Il est impossible que je jardine l’étouffement me prend de suite.
Mon jardin est tout en fleurs jaunes.
Je ne sais pas encore comment je ferai pour mes pâques.
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Je t’embrasse de tout mon cœur, milles amitiés aux Musset, je remercie bien M. Cotonbreuil de son bon souvenir, tache donc de te bien soigner, n’oublie pas le safran.
[Lettre de Julien Louis Boudet, père d’Amélie]
Tu vois que nous sommes toujours paresseux ma chère Amélie ; donne-nous de tes nouvelles le plus que tu pourras. Tâche de te distraire un peu, à un mal irréparable il faut bien se soumettre et souffrir ce qu’on ne peut empêcher.
Ta mère te dit que le médecin que tu as pris la peine d’aller consulter est un véritable charlatan. Il a fait écrire une annonce par un compère de Ballon qui annonçait avoir été guéri d’un asthme en prenant des pilules. Nous avons gardé la note de cette annonce et prié Mme Dugué de demander à M. Eugène qui était alors à <Mamer> des renseignements. Nous avons vu M. Eugène qui nous a dit qu’on n’avait aucune confiance en lui à <Mamer> et c’est sûrement pour cela qu’il a eu l’idée d’essayer sur un plus grand théâtre.
Tu m’avais parlé de prendre des actions de la Banque puisqu’on ne peut plus trouver de placement sur hypothèque, on vient encore de me prévenir que le dernier placement qui me restait ici de 4300 allait m’être remboursé, il ne me restera que celui d’un nommé Bouilleau sur sa maison, dont je ne peux faire payer les intérêts, il cherche à vendre la maison et il ne trouve pas. J’aurai le remboursement de Véron à la Toussaint c’est donc environ 11000 avec lesquels je pourrai avoir trois actions de la banque qui pourraient me donner 4 1/2 % si je me rappelle bien le dernier dividende. Cherche si tu pourrais trouver mieux. Ton intérêt est de trouver des placements surs, je n’ai plus besoin que des intérêts et je ne sais comment m’en procurer. Toutes les banqueroutes <demain> effrayent pour trouver des placements surs.
/4/
Mme Mauboussin est de retour depuis environ trois semaines, elle n’a voulu voir personne et cela se conçoit M. Mauboussin est toujours en prison ; il a même eu quelques jours de cachot pour s'être révolté contre son geôlier, on fait en ce moment la vente de son mobilier où il se vend de très belles choses et qui se vendent bien. La maison sera vendue ensuite et la femme la quitte : on croit qu’il n’y aura pas beaucoup à perdre.
Je suis bien aise que ton mari aille mieux, amitiés et compliments. Je t’embrasse. Ton père J.B.
Madame Rivail
18 rue Mauconseil
Paris
[Cachet départ :] CHÂTEAU-DU-LOIR (71) 21 MARS 1846
[Cachet arrivée :] PARIS 12 (60) 22 MARS 46
[...]
6 Bains Pilules <Nossaisis>
2 la 1re 1 par jour pendant 4 jours
2 la 2e 2 pendant 2 jours
2 en 15 jours 1 par jour pendant 4 jours
½ lavement 1 tous les 2 ou 3 jours
Avec de la feuille <Miriuriale> infusée
Et ½ lait ou pincée
Pendant 3 semaines 2 par semaine
¼ once demanne
Prendre 3 pour chaque
mois petits sinapismes aux cuisses.