Manuscrito
S’il en devait être ainsi, l’âme étant éternellement ce qu’elle est au moment de la mort, il en résulterait que des âmes resteraient éternellement enfants, éternellement idiotes, éternellement sauvages. La raison repousse une pareille doctrine qui ferait de Dieu un être partial, créant des êtres voués [rasurado] fatalement à l’infériorité. Si l’âme progresse après la mort, où et comment progresse-t-elle ? Si c’est comme esprit, quels sont les moyens de développer son intelligence, les relations, les rapports et les travaux pour acquérir les connaissances qui lui manquent ? (Si elle va habiter d’autres sphères, c’est toujours une réincarnation.) Dans l’un et l’autre cas : à quoi bon lui avoir donné sur la terre et pour quelques instants un <corps qui> ne lui a servi à rien ? [rasurado] De quelque manière qu’on retourne la question, il est impossible d’échapper à cette conséquence que Dieu aurait fait une chose inutile ; disons plus : souverainement
+ injuste.
En effet, il ne peut y avoir justice qu’autant que les conditions sont les mêmes pour tous. Or, dans l’hypothèse de l’unité d’existence, il est évident que les uns seraient avantagés de toutes manières physiquement, moralement et intellectuellement, tandis que le plus grand nombre serait déshérités ; pour les uns la route de l’avenir serait abrégée et aplanie, et pour d’autres rendue longue et pénible ; quiconque croit en Dieu se dit que cela ne se peut pas.
+ Il n’y a pas d’alternative entre ces deux propositions ; l’âme progresse ou ne progresse pas après la mort ; si l’on admet qu’elle reste éternellement ce qu’elle était pendant la vie, on arrive à un anéantissement absurde, et à la négation de toute justice en Dieu. Or, nier la justice de Dieu c’est nier Dieu lui-même ; si l’on admet qu’elle progresse, son sort ne peut être irrévocablement fixé ; si son sort n’est pas irrévocablement fixé, il ne peut y avoir de peines éternelles ;