Manuscrito
Mr. Fois Vallès
Cros par Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard)
27 avril 1880.
Cher Monsieur Leymarie,
Si le cours de la vie ressemblait à celui d’un fleuve régulier et tranquille, n’éprouvant jamais ni hausses ni baisses, ni sécheresses ni inondations, il serait facile d’en connaître la marche et d’en régler l’emploi. Ce serait peut-être, à la vérité, un peu monotone. Mais mille incidents imprévus surviennent qui rompent les équilibres préparés, et nous contraignent à suivre d’autres impulsions dynamiques que celles que nous espérions réaliser.
Lorsque je vous écrivais ma dernière lettre du 23 mars, j’espérais qu’une quinzaine ne se passerait pas sans qu’une seconde lui fit suite. Mais des difficultés aussi nombreuses que diverses, et dont je vous épargnerai le détail car il n’aurait pour vous aucun intérêt, sont venues m’assaillir, et ont imposé à la réception de mon mobilier, au classement de mes papiers et de mes livres, des lenteurs, un peu diminuées aujourd’hui, mais qui n’ont pas encore pris fin.
Aussi bien, ne nous étonnons pas trop de toutes ces choses. Qu'est-ce
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que la vie, sinon des épreuves succédant à d'autres épreuves. Nous aurons beau faire[,] nous y serons toujours soumis. L’important c’est de savoir les supporter sous défaillance ; et c’est dans notre chère doctrine que nous trouvons la force nécessaire pour résister ici-bas aux obstacles, pour les vaincre, et faciliter notre ascension vers les mondes meilleurs, car Dieu est juste et tout travail doit avoir sa récompense.
Veuillez dire à M. de Rappard que j’ai reçu sa gracieuse lettre et que je le remercie sincèrement pour ce qu’elle contient, je ne dirai pas de flatteur, ce mot sonnerait mal à ses oreilles comme aux miennes, mais de sympathique. Je regrette beaucoup de ne pouvoir apprécier par moi-même la traduction des pensées que j’ai émises sur les dernières expériences de Sr Wm Crookes, et je n’ai encore trouvé personne ici qui fut en mesure de m’éclairer à ce sujet. Mais je n’en reste pas moins convaincu que mon cher collègue a mis tous ses soins à ce que petit travail fut fidèlement rendu ; l’intérêt de notre croyance commune et de sa propagation le voulant ainsi.
Je vous disais dans ma lettre du 23 mars.