Manuscrito

Discurso de Allan Kardec e Amelie Boudet [em andamento] [07/09/1847]
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Discours prononcé à la distribution des prix le 7 7bre 1847

Mesdames et Messieurs

L’éducation offre un sujet de méditations si étendu, elle embrasse de si nombreux détails, tant de circonstances peuvent influer sur les résultats qu’on se propose, que nous ne devez pas vous étonner si chaque année, lorsque nous avons le bonheur de vous voir réunis, cette matière peut me fournir le sujet de quelques observations. Je trouve à vous en entretenir un double avantage : celui de vous faire connaître nos principes et notre manière de voir, et celui, bien plus précieux, d’établir entre les familles et nous une unité de vues et d’action plus intime ; car c’est en appelant l’attention des parents sur les points les plus importants de l’éducation que peut s’établir entre eux et nous l’entente si nécessaire au succès. Or je suis heureux de proclamer ici que pour nous ce but est chaque jour plus complètement atteint ; l’entière liberté d’action que la plupart des parents nous laissent, leur attention à se conformer à nos désirs et à nos avis qui ne peuvent avoir pour objet que le bien de leurs enfants, sont des preuves de confiance qui nous honorent trop pour que nous ne fassions pas tous nos efforts pour les justifier ; mais cette confiance, nous ne voulons pas qu’elle soit aveugle ; c’est pour cette raison que nous cherchons à nous identifier avec vous par l’exposé des difficultés de notre mission et des marques les plus propres à les surmonter.

Le but de tout père de famille est d’assurer le bonheur de ses enfants ; c’est pour cela qu’il les fait instruire ; c’est pour leur assurer des moyens d’existence qu’il travaille souvent au détriment de sa santé.

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Mais si l’enfant a des penchants vicieux, ces deux ressources seront insuffisantes, et le père aura peut-être la douleur de voir ses efforts infructueux ; avec l’esprit de désordre il dissipera ce que ses parents auront amassé avec tant de labeurs ; s’il manque de loyauté et de probité, il sera un objet de défiance ; s’il est vain, orgueilleux et égoïste, il s’écartera les amis qui pourraient l’aider au besoin ; s’il est mou et indolent il négligera ses affaires. Le caractère est donc une des conditions essentielles du bonheur à venir, c’est pourquoi on ne saurait y donner trop de soins, et l’instituteur qui néglige les moyens de le former ne remplit qu’imparfaitement sa mission. C’est vous dire, Messieurs, que tous nos efforts tendent vers ce but, et que nous ne négligeons aucun moyen de l’atteindre, secondés surtout comme nous le sommes par le concours efficace et le zèle éclairé des honorables ecclésiastiques qui veulent bien nous prêter leur appui, et qui portent à nos élèves un intérêt dont je les prie de recevoir ici le témoignage de notre sincère reconnaissance.

Pour l’instituteur qui comprend ses obligations et qui veut les remplir, rien n’est indifférent ; les plus petits détails ont une portée ; tout est combiné, tracé, réglé dans un but utile et pour le bien des élèves ; il apprécie l’importance d’une chose minutieuse en apparence, et qui paraîtra insignifiante à tout autre ; mais, comme le médecin, il ne réussit qu’à la condition de n’être pas entravé dans sa marche. De deux choses l’une, ou l’on a ou l’on n’a pas confiance en lui ; dans ce dernier cas il ne faut pas lui confier ses enfants ; dans le premier on doit s’en rapporter à son expérience. Si chaque parent prétendait l’assujettir à sa manière de voir et lui imputer une direction, il n’y aurait pas d’établissement possible. Ajoutez à cela qu’il y a toujours pour l’enfant qui ne suit pas la règle commune de graves inconvénients et qu’il est rare que son caractère et ses études ne s’en ressentent pas.

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Un avantage précieux de l’éducation publique est d’habituer l’enfant à l’ordre, à la ponctualité, à la soumission aux règles établies et à l’autorité ; habitude précieuse dans le cours de la vie. S’il fait exception il perd le bénéfice de ces avantages, et se trouve souvent dans les conditions les plus défavorables pour ses succès ; si la volonté et les prescriptions du maître sont combattues par des exigences contraires, s’il n’est tenu aucun compte de ses recommandations, son ascendant s’affaiblit par la force même des choses, et sa tâche déjà si laborieuse est rendue encore plus pénible. L’instituteur connaît mieux que personne la portée de l’intelligence de ses élèves ; s’il n’est pas libre de les classer à son gré, selon leur savoir réel ou selon le développement plus ou moins actif de leurs facultés, si on lui impose des obligations contraires à sa conviction, ce ne peut être qu’au préjudice de l’enfant. Au point de vue moral il est aussi mieux que personne à même de sonder les replis les plus cachés du caractère ; il y découvre souvent ce que l’œil prévenu d’une mère trop tendre ne saurait y voir ; un mot, un geste, un acte souvent insignifiant en apparence, suffit pour lui révéler l’existence d’un germe encore caché, qu’il faut se hâter d’étouffer, ou qu’il faut développer précieusement. Mais pour cela il est impuissant s’il n’est secondé, ou si l’on détruit d’un côté ce qu’il a fait d’un autre. Il faut qu’aucune influence étrangère ne vienne affaiblir son ascendant ; il faut en un mot un accord parfait entre lui et les parents ; et toutes les fois que cet accord existe les résultats sont tout autres.

Parmi les causes qui exercent le plus d’influence sur le développement moral des enfants il faut placer en première ligne les exemples qu’il a sous les yeux, les habitudes qu’on lui laisse contracter par faiblesse, par insouciance et le plus ordinairement par un aveuglement qui fait prendre pour de la gentillesse, ce enfantillage, des qualités mêmes, ce qui souvent est le germe d’un travers, d’un ridicule, et quelquefois d’un vice qu’il sera trop tard de déplorer

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quand on en verra les fâcheuses conséquences dans un âge plus avancé ; mais il faut aussi placer au nombre des plus pernicieuses influences, les moyens mêmes que l’on emploie pour réprimer le mal ou pour provoquer le bien. Dans notre dernière réunion je me suis appesanti sur ce point et j’ai montré les funestes conséquences des moyens d’émulation généralement employés ; j’ai montré qu’ils reposent presque tous sur l’excitation de quelque mauvaise passion qu’on semble prendre à tâche d’aiguillonner.

L’enfant est-il vain et orgueilleux on excite sa vanité, son orgueil, sa coquetterie partant ce qui peut flatter ces penchants ; est-il gourmand, on le prend dit-on par son faible et on lui fait un appât de ce qui peut exciter la gourmandise ; d’où il suit que s’il n’est ni vain, ni orgueilleux, ni gourmand on fait tout ce qu’on peut pour qu’il le devienne ; c’est ainsi que pour le corriger d’un défaut on lui en donne souvent un plus grand.

Dans les classes les moyens d’émulation reposent en général sur l’excitation de la jalousie, de l’envie par la rivalité qu’on établit sans cesse et qui provoque chez l’enfant les sentiments d’égoïsme et le désir du mal de son prochain. J’ai montré comment nous évitons cet écueil en ne faisant point des récompenses l’objet d’une concurrence patente ; je ne reviendrai donc pas sur ce point ; je rappellerai seulement que dans notre système les récompenses sont combinées de telle sorte que jamais une élève n’en obtient une au détriment de ses compagnes ; qu’elles sont le résultat de la comparaison de l’élève avec elle-même, que toutes celles qui en méritent peuvent les avoir, et que celle qui n’en obtient pas ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Nous faisons de ce principe une application rigoureuse dans les grandes comme dans les petites circonstances, nous voulons qu’en toute occasion l’enfant qui fait bien puisse avoir sa récompense, sans qu’aucune autre enfant puisse lui faire obstacle ;

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nous voulons que l’enfant cherche à se surclasser elle-même et non à surpasser ses compagnes ; par là même nous évitons la jalousie, l’envie, les accusations de préférence et tous les désirs peu charitables et peu chrétiens que fait naître la rivalité.

Parmi les moyens d’émulation que nous avons introduits il en est deux qui ont produit des résultats si remarquables que je crois devoir vous en entretenir un instant. Ces deux moyens sont les bulletins d’honneur et les prix de bon caractère.

Les bulletins d’honneur sont, comme vous le savez, des bulletins distingués par leur forme extérieure, et qui remplacent les bulletins ordinaires pour les élèves qui remplissent certaines conditions. Le nombre en est illimité ; nous avons plusieurs fois vu des sections entières en obtenir ; et les conditions sont telles qu’elles dépendent entièrement de la volonté de l’élève ; nulle ne peut s’exécuter sur sa faiblesse, ni sur la supériorité de ses compagnes ; car ils récompensent non les succès relatifs, mais le zèle, l’application, la bonne volonté, le désir de bien faire, et les efforts pour faire, non pas mieux que les condisciples, mais mieux qu’on n’a fait soi-même. Nulle ne peut non plus s’excuser sur de prétendues préférences qui l’en auraient privée au profit d’une autre ; car on conçoit que du moment que le nombre en est illimité, que chaque élève doit avoir un bulletin quelconque, il n’en coûte pas plus d’en donner un rose qu’un blanc ; un témoignage de satisfaction est au contraire toujours plus agréable à donner. Aussi est-il sans exemple qu’on ait mis en question notre impartialité à cet égard, point plus important qu’on ne croit pour la valeur morale d’une récompense. Pour obtenir cette marque honorifique il faut d’ailleurs des conditions matérielles d’un contrôle facile, et que chacun est à même de vérifier. Nous sommes heureux de reconnaître que les élèves ont, en général, mis à les mériter le zèle le plus louable, les efforts persévérants que beaucoup ont faits dans cette intention sont dignes d’éloges,

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et nous ne croyons pas pouvoir leur en mieux témoigner notre satisfaction qu’en proclament ici le nombre de bulletins d’honneur que chacune a obtenu dans l’année, et surtout en le comparant à celui de l’année dernière. Des prix et des accessits seront ensuite décernés à celles qui en ont obtenu le plus grand nombre.

Les récompenses décernées au bon caractère n’ont pas exercé une moins grande influence. Ces prix qui sont décernés par les élèves elles-mêmes au scrutin secret sont l’expression suivie du jugement qu’elles portent sur leurs compagnes, et l’on sait que sous ce rapport les enfants ne sauraient être suspectées de partialité. Les suffrages proclamés publiquement et comparés à ceux qui ont été obtenus l’année dernière seront une preuve manifeste des progrès qu’un grand nombre d’élèves ont faits sous ce rapport. Nous sommes heureux de le reconnaître, il en est beaucoup qui ont mis à dompter un caractère qui laissait à désirer, à vaincre de mauvais penchants, une persévérance, une ténacité qui doit leur prouver ce que peut la force de la volonté, et qui trouvera une juste récompense dans le témoignage ostensible que nous leur donnons de notre satisfaction.

Il est un autre prix qui a aussi trouvé cette année un grand nombre, je ne dirai pas de concurrents, on connaît notre manière de voir à ce sujet, mais de lauréats : c’est celui d’assiduité religieuse. Les divers exercices de piété ont été en général suivis avec une régularité digne d’éloges ; beaucoup même n’en ont pas manqué un seul, depuis le commencement de l’année, ce qui du reste nous nous plaisons à attribuer au sentiment d’une piété sincère et à la volonté de remplir un devoir, plutôt qu’au désir de satisfaire leur amour propre par l’obtention d’une récompense publique.

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Ces prix, comme on vient de le voir, sont le résultat d’un contrôle de chiffres auquel notre volonté est complètement étrangère ; quant aux autres, on sait qu’ils reposent également sur des bases fixes qui ne laissent non plus rien à notre arbitraire. Les conditions d’après lesquelles ils sont décernés sont l’objet d’un règlement particulier dont j’aurai l’honneur de vous donner connaissance dans un instant ; la règle étant la même pour tout le monde, il ne saurait y avoir de prétexte à aucune préférence.

Ainsi que je viens de le dire, MM. Rien n’est indifférent en matière d’éducation ; pénétrés de cette vérité, nous ne croyons pas notre tâche terminée quand nous avons meublé l’esprit de nos élèves de quelques connaissances nouvelles ; nous voulons en même temps contribuer à leur bonheur dans le monde en formant leur cœur aux sentiments qui doivent leur concilier l’affection, l’estime et la considération ; nous voulons en faire de bonnes mères de familles en leur apprenant de bonne heure les devoirs que leur impose la religion, la société, leur propre intérêt, et qu’elles auront un jour à remplir. Sous le rapport des études nous visons moins à une instruction brillante qu’à une instruction pratique, solide et usuelle qui leur permettra de se rendre promptement utiles d’une manière sérieuse ; secondés comme nous le sommes par la confiance des familles, les résultats ont souvent dépassé nos espérances ; aussi est-ce pour nous une vive satisfaction de voir des enfants qui, dans un âge où tant d’autres effleurent à peine les éléments, peuvent déjà mettre à profit pour leurs parents l’instruction qu’elles ont reçue. Cette confiance dont nous recevons chaque jour des témoignages si honorables, est pour nous un puissant motif d’encouragement à persévérer dans la voie dans laquelle nous sommes entrés quelque pénible qu’elle soit. Mais malgré nos efforts et notre sollicitude, il n’est pas que quelques inconvénients ne puissent de temps à autre se glisser à notre insu ;

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le désir que nous avons de faire le mieux possible, nous fait donc regarder comme un service qu’on nous rend quand on veut bien nous les signaler, et nous sommes toujours heureux de faire droit aux réclamations fondées, surtout quand elles sont faites avec les égards et les ménagements que nous sommes habitués à rencontrer dans les familles. D’ailleurs l’attachement que l’on montre en général pour la maison est un motif de plus pour nous de nous attacher aux enfants ; on tient naturellement aux personnes qui tiennent à nous ; l’intérêt et l’affection que l’on porte aux enfants qui nous sont confiés s’accroit par la perspective d’arriver à un résultat complet et satisfaisant, tandis qu’il ne peut que s’affaiblir quand on prévoit que les futiles prétextes peuvent nous faire perdre le fruit de nos peines.

Puissent mes paroles, M[esdames] et M[essieurs] être pour vous un gage assuré de la continuation de notre ardente sollicitude pour le bien de vos enfants ; vous connaissez nos vues et nos principes, la prospérité croissante de l’établissement qui a maintenant atteint son grand complet, est d’ailleurs une preuve qu’ils sont appréciés ; nous espérons que votre coopération ne nous fera pas défaut dans la tâche laborieuse que nous avons à remplir, et que nous poursuivrons avec une constante persévérance.

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Discours d’Amélie Boudet

Mes chers enfants

Mme Rivail est dans l’habitude de vous adresser quelques paroles à cette occasion ; mais vous comprendrez sans peine que les événement douloureux qui viennent de la frapper successivement dans un aussi court espace de temps la privent de ce qu’en toute autre circonstance, elle regarderait comme un devoir. Je me rend donc ici son interprète pour vous exprimer combien elle a été sensible aux marques d’affection que vous lui avez données dans ces moments pénibles, puissent celles d’entre vous à qui Dieu a fait la grâce de leur conserver leurs parents apprécier tout leur bonheur et puissent-elles ignorer longtemps encore la douleur d’une si cruelle séparation. Aimez-les donc mes enfants, vos chers parents ; ce sont vos meilleurs et vos plus sincères amis ; tâchez de les contenter par vos efforts, en répondant à leurs vues, afin qu’en toute circonstance votre conscience vous dise : j’ai fait tout ce qui était en moi pour les rendre heureux ; ce sera pour vous, je vous assure une grande consolation, et un mérite que celui qui lit dans vos consciences vous tiendra compte un jour.

Plusieurs d’entre vous, mes chers enfants, nous quittent cette année pour rentrer dans leurs familles et commencer à remplir des devoirs sérieux ; tous nos efforts ont, comme vous le savez tendu à vous rendre cette tâche plus facile ; notre plus grande satisfaction sera de voir qu’ils n’ont pas été perdus ; notre sollicitude vous suivra partout, et nous espérons que vous conserverez comme la plupart de vos anciennes compagnes, un assez bon souvenir de nos soins assidus, pour venir le plus souvent qu’il vous sera possible, nous faire part de vos projets et de vos expériences, de vos succès comme de vos peines, auxquels nous nous associerons toujours de tout cœur.

06/07/1847 Carta para Amélie-Gabrielle Boudet
19/07/1847 Carta de Allan Kardec para Amélie-Gabrielle Boudet
13/08/1847 Carta [em andamento]
01/07/1848 Carta [em andamento]
DD/MM/1848 Discurso Allan Kardec [em andamento]
DD/MM/1848 Discurso de Allan Kardec [em andamento]