Manuscrito
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Dimanche 20 9bre [Novembre]
Ma bonne Amélie, j’ai reçu ta lettre hier samedi ; mais comme je suis resté une partie de la journée au tribunal pour l’affaire du théâtre, elle n’a pu m’être remise que tard, et par conséquent pas assez à temps pour pouvoir te répondre dans la journée. Quant à ma dernière, elle a en effet été commencée le samedi, mais elle a été finie et mise à la poste le dimanche. Or, soit de Paris, soit d’Aix, les lettres partent le soir, arrivent le lendemain soir, et ne sont distribuées que le surlendemain matin.
Venons-en maintenant au contenu de ta lettre ; mon désappointement, je l’avoue, a été grand ; d’après votre 1ère séance j’avais fait mes petits calculs, et Dieu sait quelle déception ! C’est à n’y rien comprendre. Je commence à croire qu’il y a une puissance supérieure qui déjoue toutes les combinaisons de ces sortes de spéculations.
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Tu me demandes mon avis. Je m’en rapporte à ta prudence ; tu dois mieux savoir ce qu’il convient de faire ; cependant j’avoue que j’aurais voulu que tu essayasses toi-même, puisque maintenant tu es bien familiarisée avec la marche de l’opération. Cette chance contraire si tenace est vraiment extraordinaire et ne peut durer. Je crois encore qu’elle peut tourner. Je présume que depuis que nous avez cessé d’opérer en réalité, vous avez toujours suivi les séances relevé les nos et opéré fictivement. Mon avis serait donc, sauf le tien, d’essayer encore ; si la chance continue à être rebelle, alors il faut revenir par force et en prendre son parti. Je conçois tout le désappointement de mon oncle ; s’il est pénible pour nous d’être déçus, il l’est encore plus pour lui de l’être après tant de probabilités de réussite.
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Dans le cas où vous partiriez au reçu de ma lettre, je ne vois pas la possibilité que tu me préviennes ; mais si tu vois jour à le faire, j’en serais bien aise, parce que j’irai vous attendre au chemin de fer.
Sans attendre ta recommandation j’avais été voir Mad Musset dimanche dernier. Mad Henry est venue me voir hier et m’a bien recommandé de lui écrire si j’étais malade, parce qu’elle viendrait me soigner. J’ai diné lundi dernier chez Félicité qui a été très gracieuse et m’a engagé à y aller quand je voudrais ; je compte y retourner demain. Jeudi j’ai diné chez Mad Pierret qui est très mal portante depuis quelques jours ; je suis allé ce matin savoir de ses nouvelles ; elle va mieux ; et mardi j’y vais diner.
Comme je te l’ai dit, c’était hier que venait au tribunal l’affaire du théâtre, c’est-à-dire de Mad Belgis contre Hiltbrunner pour la question des loyers. Il n’y a eu que les plaidoiries
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qui ont duré toute la séance ; le prononcé du jugement est remis à samedi. Le rapport de l’expert va être déposé cette semaine, de sorte que nous allons à notre tour l’attaquer pour le paiement du matériel.
Rien de nouveau pour l’affaire Stéfani.
Joseph Pierret fait fondre en ce moment les modèles de ses appareils ; les tuyaux en verre seront bien meilleur marché qu’il ne l’avait supposé. Les premières avances pour ces dépenses lui sont faites par M. Jacob ingénieur ou architecte du Palais de cristal.
Ma santé continue à être très bonne ; il n’y a que mes yeux qui ne vont pas vite ; il est vrai que je n’ai pas encore pu reprendre le traitement.
Je n’ai pas besoin de te dire toutes les amitiés dont je suis chargé pour toi.
Je suis obligé de m’arrêter parce que le dimanche la poste ferme plus tôt et que j’ai tout juste le temps d’aller porter ma lettre, et
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de te dire adieu en t’embrassant bien tendrement, ainsi que mon oncle que j’engage à prendre courage.
Louise est toujours très exacte, très attentive et très soigneuse.
Nous avons eu tous ces jours-ci un temps très froid et un brouillard très épais. Aujourd’hui il fait un temps superbe.
Si tu fusses restée là-bas, je voulais t’engager à m’écrire à jour fixé afin que je susse à
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quoi m’en tenir sur les jours où je devrais recevoir une lettre.
Ainsi en écrivant régulièrement le dimanche et le mercredi, j’aurais su que j’aurais une lettre tous les mardis et tous les vendredis.
Adieu encore une fois ma bonne Amélie. Ton bien affectionné.
HLDR.