Manuscrito

Rascunho de correspondência [tradução em andamento] [13/10/1868]
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Paris, 13 octobre 1868

Mon cher Monsieur,

Je suis vraiment honteux du retard que j'ai mis à vous écrire, et, pourtant, je vous l’assure, il n’y a de ma part, ni négligence, ni insouciance ; mais comme vos lettres étaient de celles auxquelles je me réserve de répondre moi-même, ces lettres, je les mets de côté avec bonne intention, puis elles s'accumulent, et, sans cesse accablé de travaux urgents, je remets de jour en jour, si bien que le retard se prolonge souvent au-delà de mes prévisions ; j’en suis vraiment contrarié, mais la journée n'a que 24 heures !

Je dois à l’excès du travail une affection devenue chronique d’une certaine gravité, dont le seul remède serait un repos que je ne puis pas prendre. Aussi, ai-je passé un assez mauvais été, ce qui m’a mis en retard pour beaucoup de choses, car force m’a été de ne pas travailler 18 à 20 heures par jour comme je le faisais jadis. D’après les conseils réitérés des Esprits, j’ai dû, jusqu’à nouvel ordre, suspendre tout travail en dehors du strict nécessaire qui, à lui seul, est déjà considérable, sous peine d’accidents graves qui pourraient me jouer un mauvais tour, et compromettre ce qui me reste à faire pour terminer ma tâche.

/2/

Voici donc une première excuse que j’ai dû adresser à bien d’autres personnes.

Une autre raison qui m’a fait tarder à vous écrire, c’est que je voulais prendre connaissance de votre manuscrit ; car, je vous avoue, que la rapidité avec laquelle il a été écrit, en rend la lecture extrêmement difficile, longue et très fatigante. Je l’ai commencée plusieurs fois sans pouvoir aller jusqu’au bout, et ce n'est que depuis peu que je l’ai achevée. Vu la multiplicité de mes occupations, je suis forcé de renoncer à lire ce qui exige trop de temps et une trop grande contention d’esprit.

Tel qu’il est, il serait impossible à un imprimeur de s’y reconnaître ; car, outre qu’il n’a point la forme voulue, il est indéchiffrable en certaines parties. Les compositeurs d’imprimerie sont des machines ; il faut tout leur tracer, et ne pas compter sur eux pour aucun travail qui n’est pas de leur ressort. Ils ne peuvent même, de leur chef, se permettre aucune rectification. Les corrections étant payées à part, lorsque l’irrégularité d’un manuscrit en exige beaucoup, il arrive parfois que les frais d’impression peuvent être doublés. Dans le vôtre les alinéas ne sont point clairement indiqués ; il y en a où il n’en faut pas, et vice-versa ; il y a des phrases d’une longueur interminable qui, pour être comprises, exigent une autre rédaction ; la plupart sont semées de points de suspension qui n'ont aucune raison d’être ; il y a en outre de nombreuses répétitions, et comme c'est le premier jet, le style n’est pas assez châtié.

/3/

Il est donc indispensable que ce manuscrit soit recopié d’une manière lisible et correcte. Si je n’avais fait ce travail pour votre livre, l’imprimeur n'en serait jamais venu à bout, et l’ouvrage aurait eu, pour le lecteur, un tout autre aspect qui lui aurait certainement nui. Malgré cela, la correction des épreuves a été très difficile et les frais de remaniement qu'elles ont nécessités, se sont élevés à 214 frs 75 c., tandis qu'ils eussent à peine été le quart avec un manuscrit correct.

Je ne vous offre pas de faire la même chose pour votre nouveau manuscrit ; cela m’est matériellement impossible ; dans la position où je me trouve, je ne pourrais même pas me charger de revoir les épreuves, ayant à peine le temps suffisant pour surveiller la réimpression de plusieurs de mes ouvrages, sans parler des publications nouvelles auxquelles je dois travailler toute affaire cessante.

Je crois que ce que vous auriez de mieux à faire, serait de le faire imprimer dans votre localité, parce qu’étant sur les lieux, vous pourriez en surveiller vous-même l'impression, et revoir les épreuves.

/4/

Quant au mémoire en lui-même, je vous dirai franchement que je ne saurais l’approuver en totalité. Tel qu’il est, j’ai l’intime conviction qu’il ne produira pas l’effet que vous en espérez, ni pour vous, ni pour la doctrine. L’expérience que j’ai acquise en pareille matière, m’a appris à connaître les causes qui peuvent impressionner favorablement ou défavorablement le public, et bien des livres, bons dans le fond, ont dû leur insuccès à la négligence de ces causes. Ce qu’il faut éviter, avant tout, ce sont les longueurs et les détails superflus. Votre meilleure apologie de la doctrine, et j’ajoute : votre meilleure justification, c’est votre livre. Votre mémoire, à mon sens, est beaucoup trop long, et gagnerait à être considérablement réduit, parce que, je le répète, il y a des choses dont vos adversaires s’empareront et qu’ils tourneront contre vous.

Tel est mon avis, que je n'ai nullement la prétention de vous imposer, et dont vous êtes libre de faire l’usage que vous jugerez à propos, et sur lequel je crois superflu d’entrer dans des détails plus circonstanciés.

Je tiens votre manuscrit à votre disposition, soit pour vous le retourner, soit pour en disposer comme vous l'entendrez.

Vous trouverez ci-joint le compte des frais d’impression de votre livre de la raison du spiritisme.

Recevez, cher Monsieur, la nouvelle expression de non sincère et fraternel dévoûment.

A.K.

/P.S. Toute réflexion faite, puisqu’il faut que vous revoyiez ce travail, autant au moins que vous le fassiez recopier sous vos yeux, pour éviter une nouvelle perte de temps, je vais vous le retourner comme papiers d’affaire, ce qui est moins coûteux, mais ne pourra se faire que par le courrier de vendredi, attendu que je l’ai chez moi à la campagne./

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