Manuscrito
Paris, 26 avril 1868
Madame Bourdin Grandpré
Campagne Magnin no 639 à Genève
Chère dame,
Madame Moccand m’a communiqué la lettre que vous lui avez écrite, et j’ai lu avec le plus vif intérêt les détails que vous lui donnez sur la médiumnité au verre d’eau. Ces faits sont d’une grande importance ; ils feront l’objet d’une étude spéciale à la Société, et je compte les publier dans la Revue. Si vous avez de nouveaux faits à ce sujet, je vous serais très reconnaissant de vouloir bien me les transmettre. La lucidité par le verre d’eau n'est pas une chose nouvelle, mais elle ne se présentait que comme fait isolé et exceptionnel ; aujourd'hui, il paraît devoir se généraliser comme phénomène et dans ses applications utiles, notamment pour les guérisons. À ce propos, il serait important de savoir si, à la manière des somnambules, le médium peut voir et traiter à distance ; par quel moyen il pourrait être mis en rapport avec un malade éloigné.
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Voudriez-vous en faire l’expérience sur moi ? Depuis la grande maladie que j'ai faite en 1865, et qui avait pour cause un rhumatisme au cœur et aux poumons, je n'ai jamais été complètement guéri malgré tout ce que j’ai fait. Le côté gauche de la poitrine est resté engorgé, et dès que je marche, j’éprouve des douleurs et des suffocations qui m'obligent à m'arrêter ; puis toute la machine est enrayée, sauf la tête qui est toujours libre, ce qui est l’essentiel pour moi, puisque c’est mon outil de travail.
Par la même occasion, je vous envoie ci-joint un fragment de lettre d'une dame, excellente spirite, qui est aveugle ; elle se nomme Mme Daralle et demeure à Besançon, rue Bouchart no 11. Son mari qui était fort âgé, vient de mourir. Il lui a toujours été dit qu'elle pourrait guérir, et que lorsque le moment serait venu, elle trouverait le médium nécessaire. Jusqu’à présent, elle ne l’a pas encore trouvé. Serait-il possible d’avoir, par l’un des vôtres, un avis à ce sujet?
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Je saisis aussi cette occasion, chère dame, pour vous féliciter de nouveau de votre zèle et de votre dévoûment ; vous voyez qu’avec de la persévérance on arrive à vaincre les difficultés ; vous avez été longtemps isolée dans un pays réfractaire, et voilà que vos efforts sont couronnés de succès. Vous étiez sans doute destinée à y porter les premières semences qui, peu à peu, y produiront des rejetons.
En attendant le plaisir de recevoir de vos bonnes nouvelles, recevez de nouveau, chère dame, l’assurance de mes sincères et fraternelles sympathies.
A.K.
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